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Jaguar Magazine 02/2018 – French

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INNOVATIONS « JE PASSE

INNOVATIONS « JE PASSE BEAUCOUP DE TEMPS À ME FAMILIARISER AVEC LA MONTAGNE. PLUS JE M’EN IMPRÈGNE, PLUS JE REPÈRE LES CHOSES QU’IL SERA IMPOSSIBLE DE CHANGER ». 62 THE JAGUAR

BERNHARD RUSSI CONCEPTEUR DE PISTES DE SKI ILLUSTRATIONS : MATHIS REKOWSKI Un skieur professionnel peut dépasser les 150 km/h plus que la vitesse limite dans la plupart des pays. « Mais la vitesse n’est pas tout », affirme Bernhard Russi. « Une bonne descente, ce n’est pas une ligne droite : il lui faut de longs virages, des sauts de 50 mètres. Je veux que le meilleur gagne, mais je veux aussi que les spectateurs en aient pour leur argent ». Recordman olympique et champion du monde de descente dans les années 70, Bernhard est actuellement le concepteur des pistes les plus en vue au monde. Depuis 1988, ce Suisse a concocté toutes les pistes de descente à l’exception d’une. À Val d’Isère, sa piste Face de Bellevarde a fait date dans la descente, faisant évoluer ce sport de la simple ligne droite vers un parcours beaucoup plus technique et beaucoup plus spectaculaire. Jean-Claude Killly l’a même qualifié de « Picasso du ski ». Bernhard lui-même avoue qu’il n’avait jamais imaginé une telle profession, mais on sait que, lorsqu’il était professionnel, il était réputé pour émettre des réserves sur des pistes qui lui paraissaient trop monotones. C’est au cours des années 80, après son retrait du monde de la compétition qu’il lui a été demandé par la Fédération internationale de ski d’aller jeter un coup d’œil sur le site des Jeux Olympiques d’hiver de Calgary. « J’ai indiqué dans mon rapport que, certes les montagnes étaient du niveau, mais que… Et c’est cet understatement qui a fait de moi un concepteur de pistes ». Bernhard a le ski dans le sang. Lui-même fils de skieur professionnel, il a grandi à Andermatt, une station nichée dans les Alpes suisses où l’on chaussait des skis dès que l’on tenait sur ses jambes. Bernhard a poursuivi des études de maîtrise d’œuvre sur l’insistance de son père, mais n’a pas résisté aux sirènes du sport. Cependant, sa carrière naissante a été interrompue par un imprévu. En voulant se faire un peu d’argent, Bernhard s’est fracturé une vertèbre en exécutant une cascade sur le tournage de Au Service Secret de Sa Majesté, Il est resté en arrêt pendant six mois, avant de reprendre le sport, dès son rétablissement, avec une victoire éclatante au Championnat du monde en 1970, alors qu’il n’avait que 22 ans. L’or olympique a suivi en 1972 puis l’argent en 1976. À 30 ans, il a pris sa retraite de la compétition pour se consacrer à des actions médiatiques, avant de se lancer dans la conception de pistes. Lorsqu’on lui demande de concevoir un parcours, la première chose qu’il fait est d’étudier les cartes de la région afin de sélectionner la zone la plus appropriée. « Ensuite, je me rends sur les lieux que je parcours à pied. Je prends des rubans de différentes couleurs pour délimiter des pentes. Il faut en général plusieurs visites avant de repérer le parcours parfait, qui peut être la résultante d’une association de plusieurs rubans. C’est à partir de ces repères que la piste sera construite. Je passe beaucoup de temps à me familiariser avec la montagne. Plus je m’en imprègne, plus je repère les choses qu’il sera impossible de changer. La nature est prioritaire : je ne suis pas un entrepreneur de travaux publics. Mon but est de limiter les modifications au maximum ». Lorsque Bernhard a finalisé son projet sur papier et à l’écran, la construction peut commencer, une étape qui peut s’étaler sur plusieurs années. Il reviendra sur site une dizaine ou une vingtaine de fois pour vérifier l’avancement des travaux et proposer des ajustements. « Lorsque tout est prêt, j’effectue une descente, mais sans forcer », racontet-il. « Car la course, c’est du passé ! » Les tests en conditions de course sont effectués par Didier Defago, son assistant champion olympique, qui a pris sa retraite en 2015. Loin de lui, toutefois, de renoncer aux frissons d’antan. À 70 ans, il pratique autour d’Andermatt l’escalade libre dans les montagnes. « L’escalade ne procure pas de décharges d’adrénaline, mais l’excitation est au rendez-vous. Il y a toutefois des moments où l’on s’en approche. C’est cela, ma motivation ». THE JAGUAR 63